Madagascar après le coup : Pourquoi les jeunes ont renversé Rajoelina

Il n’y avait plus d’eau. Il n’y avait plus de lumière. Et les jeunes Malgaches en avaient assez. En octobre 2025, Madagascar a renversé son président. Ce n’est pas la première fois que ça arrive dans ce pays. Mais cette fois, c’est différent. Jean-Claude explique tout, simplement.
Imaginez que vous habitez à Antananarivo, la capitale de Madagascar. Vous vous réveillez le matin. Pas d’eau pour vous laver. Pas d’électricité pour allumer la lumière ou charger votre téléphone. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas une panne. C’est tous les jours. Ça dure depuis des mois. Et le gouvernement ne fait rien. C’est dans ces conditions que tout a commencé, en septembre 2025.
Andry Rajoelina était le président de Madagascar depuis 2019. Avant cela, il était déjà au pouvoir entre 2009 et 2014. Il est entré en politique comme maire d’Antananarivo, la capitale. Il était jeune, dynamique, et il promettait de changer le pays.
Mais sous sa présidence, la situation des Malgaches ordinaires n’a pas vraiment changé. Selon les chiffres de la Banque mondiale, 80 pour cent des Malgaches vivent en-dessous du seuil de pauvreté. C’est-à-dire que 8 personnes sur 10 ne gagnent pas assez pour se nourrir correctement, se soigner, ou envoyer leurs enfants à l’école normalement.
En même temps, quelques hommes très riches -- proches du pouvoir -- ont accumulé des fortunes enormes. Ce décalage entre la richesse des uns et la pauvreté des autres a créé une colère profonde.
Les protestations ont commencé le 25 septembre 2025. La cause immédiate était simple : les coupures d’eau et d’électricité étaient devenues intolérables à Antananarivo. Les habitants passaient des heures, parfois des jours entiers, sans eau courante ni lumière.
Mais derrière cette colère immédiate, il y avait quelque chose de plus profond. Les jeunes Malgaches -- la génération née après 2000 -- voyaient leurs parents travailler dur toute leur vie et rester pauvres. Ils voyaient la corruption partout. Ils voyaient des hommes proches du pouvoir s’enrichir de manière scandaleuse. Et ils voyaient que cela ne changeait jamais, peu importe qui gagnait les élections.
Ce mouvement était dirigé par des jeunes. Pas par un parti politique. Pas par un chef unique. C’était une génération entière qui disait : « Ça suffit. »
Ils n’avaient pas d’eau. Pas de lumière. Et ils voyaient leurs dirigeants vivre dans le luxe. Ce n’était plus possible.
Les protestations ont grossi rapidement. Des milliers de personnes descendaient dans les rues chaque jour. La demande principale était claire : Rajoelina devait partir.
Le 12 octobre 2025, quelque chose d’inattendu s’est produit. Une unité d’élite de l’armée malgache -- le CAPSAT, le Corps d’Administration des Personnels et des Services Administratifs et Techniques -- a rejoint les manifestants. Quand des soldats rejoignent un mouvement populaire, tout change. Le gouvernement ne peut plus utiliser l’armée contre le peuple si l’armée est du côté du peuple.
La capitale a été contrôlée avec peu de résistance. Dans la nuit du 12 au 13 octobre, Rajoelina a fui le pays. Le lendemain, le Parlement l’a impeaché -- c’est-à-dire qu’il a officiellement voté pour lui retirer le pouvoir. Le 17 octobre, le colonel Michael Randrianirina du CAPSAT a été investi comme président intérimaire.
Il faut comprendre une chose importante : Madagascar a déjà vécu cette situation. C’est la sixième grande crise politique depuis son indépendance en 1960. Il y a eu des crises majeures en 1972, 1991, 2002, 2009, 2018 -- et maintenant 2025.
En 2009, c’était justement Rajoelina lui-même qui avait renversé le président de l’époque, Marc Ravalomanana. Il était alors maire d’Antananarivo et s’était appuyé sur le CAPSAT -- la même unité qui l’a renversé en 2025. L’histoire de Madagascar a une façon de se répéter.
Le problème profond n’est pas qui est au pouvoir. Le problème, c’est comment le pouvoir fonctionne à Madagascar. Les présidents changent. La pauvreté, elle, reste.
Depuis octobre 2025, Madagascar est dirigé par le colonel Michael Randrianirina. Il est militaire, pas politicien. Il a promis une période de transition de 24 mois, avec des élections prévues en 2027.
Mais des signes inquiétants sont apparus. En mars 2026, Randrianirina a dissout le gouvernement qu’il avait lui-même nommé. Des opposants politiques ont été arrêtés. L’ancienne candidat à la présidence Sylvain Rabetsaroana a été arrêtée lors d’un raid à l’aube en mars 2026, selon Amnesty International. Il est toujours en prison, sans que les charges contre lui soient claires.
Les militaires qui prennent le pouvoir font souvent les mêmes promesses. Ils disent qu’ils vont remettre le pays aux civils, organiser des élections, et restaurer la démocratie. En Afrique de l’Ouest -- au Mali, au Burkina Faso, au Niger -- les juntes militaires ont fait ces mêmes promesses. Et elles n’ont pas tenu leurs délais.
La situation économique à Madagascar n’a pas fondamentalement changé depuis le coup. 80 pour cent de la population vit toujours dans la pauvreté. Les coupures d’eau et d’électricité continuent dans certains quartiers. Les prix des denrées alimentaires restent élevés.
Ce qui a changé, c’est le paysage politique. L’ancien président est en exil. Les hommes d’affaires qui étaient très proches de Rajoelina font face à des poursuites judiciaires. Les avoirs de certains ont été saisis. Mais pour la famille ordinaire d’Antananarivo, la question reste la même : est-ce que demain sera meilleur ?
Madagascar est une grande île. Elle a 28 millions d’habitants. Elle est riche en ressources naturelles : vanille, litchis, nickel, cobalt, pierres précieuses. Et pourtant, on en parle très peu dans les médias internationaux.
Pourquoi ? Parce que Madagascar n’est pas au carrefour des grandes routes commerciales. Parce qu’elle n’a pas de pétrole comme le Nigeria. Parce qu’elle n’a pas de frontières avec des grandes puissances. Et parce que les pauvres, partout dans le monde, intéressent moins les médias que les riches.
The Meridian commence aujourd’hui sa couverture de Madagascar. Parce que ce qui se passe dans cette île mérite d’être raconcé honnêtement. Et parce que les 28 millions de Malgaches qui vivent ces événements méritent une presse qui les prend au sérieux.
Les jeunes qui sont descendus dans les rues en septembre 2025 avaient raison d’être en colère. Pas d’eau. Pas de lumière. Une élite qui s’enrichit pendant que 80 pour cent du pays survit. Leur colère était légitime.
Mais un coup d’état ne résout pas ces problèmes. Il change les personnes au sommet. Il ne change pas les structures qui maintiennent les gens dans la pauvreté. Madagascar a besoin d’élections libres, d’institutions indépendantes, et d’une justice qui s’applique aux puissants comme aux ordinaires.
The Meridian continuera de raconter ce qui se passe à Madagascar. Parce que l’île rouge du bout du monde mérite mieux que l’oubli.
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